Comores – Sénégal (0-1) : Gana et Koulibaly en patrons, Iliman buteur

ANALYSE

Comores – Sénégal (0-1) : Gana et Koulibaly en patrons, Iliman buteur

Fondateur & Rédacteur en chef · 4 octobre 2026

Donner mon avis

Le Sénégal a battu les Comores 1-0 dimanche au Vélodrome, sur un but d'Iliman Ndiaye dès la 5e minute. Un score étriqué pour un match dominé de bout en bout, qui laisse deux images : des cadres qui tiennent la baraque et une attaque qui ne conclut toujours pas.

Troisième sortie de Patrick Vieira, et la première où le contenu a suivi le résultat. Après le nul au Mozambique (1-1) et la courte victoire en Éthiopie (1-0), le sélectionneur a fait tourner : huit joueurs débutaient pour la première fois sous ses ordres, dont Koulibaly, Gana Gueye, Nobel Mendy, Mory Diaw, Bara Sapoko Ndiaye, Iliman Ndiaye et Issa Soumaré.

Sans Ismaïla Sarr (forfait), Niakhaté (blessé) et Habib Diarra (ischios), le onze s'articulait en 4-2-3-1 : Diaw ; Sy, Koulibaly, Mamadou Sarr, Mendy ; Gana, Sapoko ; Mbaye, Pape Matar Sarr, Soumaré ; Iliman.

Marseille sous la pluie, diaspora comorienne en nombre, hommage à Pape Diouf avant le coup d'envoi. Le cadre avait du sens pour Iliman Ndiaye et Pape Gueye, anciens de l'OM. Ils ont été les deux Sénégalais les plus marquants de l'après-midi.

Une première période plus aboutie, un but d'école

Le but est arrivé vite et il résume ce que Vieira cherche. Combinaison à trois dans l'axe, Pape Matar Sarr trouve Ibrahim Mbaye, qui sert Iliman Ndiaye dans la surface. Finition sans trembler, 5e minute. Une circulation rapide, des appuis courts, personne qui garde le ballon plus d'une seconde. On n'avait pas vu ça lors des deux premières sorties.

Le reste de la période a confirmé l'intention. Le pressing haut a fonctionné, le bloc est resté compact, Gana Gueye a dicté le tempo avec des passes simples et replacé ses coéquipiers sans ballon. Koulibaly a ajouté une dimension que la défense n'avait pas montrée jusque-là : ses longues ouvertures ont sauté le premier rideau comorien et créé plusieurs situations. Lamine Sy a été sérieux à droite, Nobel Mendy impeccable à gauche, à un poste qui n'est pas le sien.

Le problème, c'est après. Mbaye (10e), Pape Matar Sarr (25e), Sapoko (37e), Gana dans le temps additionnel : les Lions ont surtout frappé de loin. Peu de courses dans la surface, peu de deuxième ballon. Anzimati Aboudou, le gardien comorien, a tenu les siens à flot et il allait le refaire après la pause.

Issa Soumaré, aligné en pointe alors qu'il est ailier, a souffert dans l'axe. Il a retrouvé de la justesse une fois les permutations faites, quand il a pu prendre les côtés. Pape Matar Sarr, lui, a livré son meilleur match sous Vieira : moins de déchet, plus d'initiatives, des lancements en profondeur. Une bonne nouvelle pour un joueur attendu.

Seconde période : le sursaut comorien, puis la série de ratés

Le Sénégal est reparti fort. Le pressing a provoqué plusieurs pertes de balle comoriennes dès la reprise, avec Sapoko et Ibrahim Mbaye très actifs au moment de la récupération. Puis Hubert Velud a fait entrer Ali Abdallah à la place de Rivière, et les Comores ont eu leur temps fort, entre la 52e et la 57e. Transitions rapides, ballons dans le dos de la défense. Koulibaly a coupé les deux plus dangereuses, et c'est à ce moment-là qu'il a pris le match en main.

Lamine Sy est sorti blessé à la 61e, et Vieira a profité de la fenêtre pour changer quatre joueurs d'un coup : Rassoul Ndiaye, Mamadou Diakhon, Pape Gueye et Boulaye Dia pour Pape Matar Sarr, Mbaye, Sy et Soumaré. La reconfiguration dit beaucoup. Un milieu remplace un latéral, donc Sapoko glisse à droite. Dia en vrai neuf à la place d'un ailier replacé. Diakhon et Rassoul Ndiaye pour leur première sélection.

La fin de match a été un festival d'occasions manquées. Sapoko, désormais latéral, centre parfaitement pour Iliman seul devant le but (66e), contrôle raté. Action collective Sapoko, Iliman, Pape Gueye, Dia captée par le gardien (70e). Rassoul Ndiaye, servi par Iliman, gâche trois situations dont deux face-à-face (70e, 83e). Coup franc de Pape Gueye sorti par Anzimati (77e), deuxième frappe contrée dans la foulée. Nobel Mendy a commis sa seule erreur de l'après-midi à la 84e, une perte de balle qui a offert une frappe cadrée aux Comoriens.

Pape Gueye, de retour en sélection après son retrait post-Mondial, a pesé dès son entrée. Dans son ancien stade, il a apporté ce que le milieu n'avait pas encore eu : des courses vers l'avant et des frappes.

Les cadres fixent le niveau

Koulibaly n'avait pas joué une minute lors des deux premiers matchs de Vieira. Il a répondu avec le brassard : deux interventions propres en première période, une montée en puissance pendant le temps fort comorien, et ce jeu long qui a nourri l'attaque. À 35 ans, il reste le défenseur le plus complet du groupe.

Gana Gueye, 37 ans, a fait le match qu'on lui connaît : simple, précis, partout. Il a pressé, gratté, compensé, et il a surtout donné un sens au jeu des autres. Quand il est là, le milieu respire.

Un journaliste a parlé de « has been » en conférence de presse. Vieira l'a recadré sèchement :

C'est un manque de respect par rapport au joueur à qui on parle. Vous êtes en train de parler de deux joueurs qui ont marqué et qui continuent à marquer l'histoire du Sénégal.

Puis il a posé la règle du jeu pour la suite :

Leur rôle et leur responsabilité, c'est de me mettre dans la difficulté lorsque j'ai des choix à faire.

C'est exactement ce qui s'est passé. La relève pousse, mais ce dimanche les anciens ont fixé le niveau. Pour les déloger, il faudra faire mieux que ça, pas seulement être plus jeune.

Le milieu : une bataille ouverte, aucune ossature encore

C'est le vrai chantier de Vieira, et ce match ne l'a pas réglé. Deux certitudes se dégagent : Gana Gueye pour organiser, Pape Gueye pour casser les lignes. Derrière, la concurrence est féroce et personne n'a pris le lead. Pape Matar Sarr a signé son meilleur match sous Vieira avant de baisser de rythme. Lamine Camara et Habib Diarra, absent cette fois, attendent leur tour. Et il y a Bara Sapoko Ndiaye.

Le joueur du Bayern, 18 ans, a livré une prestation qui compte. Porté vers l'avant, à l'aise dans les petits espaces, précieux dans la conservation et le contre-pressing, il a aussi fait le travail défensif. Replacé latéral droit à la 62e pour dépanner, il n'a pas baissé d'un cran et a même délivré le centre le plus propre du match. Il marque des points dans une concurrence très forte, et son profil est le seul qui ressemble à un liant naturel entre le milieu et l'attaque.

La question qui reste entière, c'est celle de la complémentarité. Vieira a essayé un milieu à trois puis un autre dans le même match. Il n'a pas encore vu son ossature, et nous non plus.

L'attaque : trois buts en trois matchs

C'est le chiffre marquant de cette trêve internationale. Un but au Mozambique, un en Éthiopie, un aux Comores. Trois buts en trois matchs pour une sélection qui a pourtant dominé l'ensemble de ces rencontres. Ce dimanche, le volume de jeu était bien présent : une dizaine d'occasions nettes, dont trois face-à-face. Le réalisme, en revanche, a cruellement fait défaut.

Iliman Ndiaye s'impose comme l'exception. Buteur, puis passeur sur la plus grosse occasion de Rassoul Ndiaye, il a su trouver les espaces et créer du danger de bout en bout, dans un stade qui ne l'a pas oublié. Patrick Vieira l'a d'ailleurs souligné après le match :

Il prend le ballon, il percute, il crée des différences. C'est ce que j'attends de lui.

De son côté, Ibrahim Mbaye a confirmé sa bonne prestation d'Éthiopie, se montrant très actif avec et sans ballon.

Le reste du secteur offensif souligne un manque persistant d'alternatives fiables à la pointe de l'attaque. Alors que Nicolas Jackson reste pour le moment le titulaire indiscutable de cette équipe, son absence dans le onze de départ s'est fait ressentir. Laissé sur le banc pour ce match, il a vu sa doublure Boulaye Dia entrer à l'heure de jeu pour offrir un point de fixation, sans parvenir à peser sur la défense adverse. En manque de tranchant, l'animation offensive a aussi péché dans le dernier geste, à l'image du face-à-face manqué par le milieu de terrain Rassoul Ndiaye, idéalement servi lors de sa première apparition.

Le Sénégal cherche une véritable profondeur à ce poste d'avant-centre depuis un moment, et cette trêve n'a pas apporté de réponse claire en dehors de son titulaire habituel. Le manque de réalisme global en découle directement : trop de frappes lointaines, un déficit de courses tranchantes dans la surface et, lorsqu'elles surviennent, un manque flagrant de sang-froid.

Ne ratez plus un but

Compos, coup d’envoi, buts et score final, directement sur votre téléphone.

Partager :
0

Le débat

Qu’avez-vous pensé de ce match ? Le résultat est-il mérité ?

En publiant, vous acceptez notre politique de confidentialité.