Personne ne voulait vraiment disputer cette petite finale. Ni la France, encore meurtrie par son élimination face à l'Espagne, ni une Angleterre qui rêvait de la finale. Pourtant, pendant quatre-vingt-dix minutes, les Three Lions ont montré qu'ils étaient les plus concernés. Les Bleus, eux, n'ont joué qu'une mi-temps. Et face à une équipe anglaise aussi réaliste, cela ne pardonne pas.
Une entame de match à oublier
Le football réserve parfois des scénarios difficiles à expliquer. Tout au long de ce Mondial, la France avait donné l'image d'une équipe solide, disciplinée, capable de rivaliser avec les meilleures nations. Quatre jours après la demi-finale perdue contre l'Espagne, cette même équipe est pourtant entrée sur la pelouse comme anesthésiée. Les regards étaient ailleurs, les jambes semblaient lourdes, et chaque perte de balle donnait l'impression que l'Angleterre pouvait faire mal.
Les hommes de Thomas Tuchel, malgré les critiques qui avaient suivi leur élimination contre l'Argentine, ont abordé la rencontre avec une intensité bien supérieure. Le discours du sélectionneur allemand a trouvé un écho immédiat sur le terrain : repartir avec une médaille comptait. Les Anglais ont joué cette petite finale comme un véritable objectif, là où les Bleus semblaient encore prisonniers de leur immense déception. Cette différence d'état d'esprit explique en grande partie une première période totalement à sens unique.
Une première période que la France paiera jusqu'au bout
L'Angleterre frappe fort et vite. Plus agressive dans les duels, plus juste dans les transitions et bien plus tranchante dans les trente derniers mètres, elle profite des largesses françaises pour construire une avance de 4-0 avant la pause.
Sur le côté droit anglais, Djed Spence livre une prestation exceptionnelle. Le latéral domine son couloir du début à la fin, multiplie les projections et remporte la majorité de ses duels, devenant l'un des principaux artisans du naufrage français en première période. En face, Malo Gusto traverse une soirée très compliquée : souvent dépassé par les appels de Spence, il souffre défensivement et peine à contenir les offensives anglaises. À la pause, le match semble déjà terminé.
Deschamps change tout, les Bleus retrouvent leur visage
Pour son dernier match à la tête des Bleus, Didier Deschamps refuse pourtant de voir son aventure s'achever ainsi. Dès le retour des vestiaires, le sélectionneur procède aux changements nécessaires. Les entrants apportent immédiatement de l'énergie, le bloc remonte, le pressing devient plus agressif et la France retrouve enfin le football qui avait séduit tout au long de cette Coupe du monde.
La réaction est immédiate. Kylian Mbappé réduit d'abord l'écart (1-4), avant que Bradley Barcola ne ramène les Bleus à 2-4. L'Angleterre commence alors à douter. La France récupère les ballons plus haut, enchaîne les situations dangereuses et pousse son adversaire dans ses retranchements. Michael Olise, très influent dans l'animation offensive, participe pleinement à cette domination mais manque plusieurs occasions importantes en ne trouvant pas le cadre — des occasions qui auraient pu totalement changer le scénario. Mbappé inscrit ensuite son deuxième but de la soirée et ramène les Bleus à 3-4. Miami commence alors à croire à une remontée improbable.
Le tournant : le penalty qui brise la dynamique française
C'est précisément lorsque la France semble la plus proche de revenir qu'intervient le moment décisif. En difficulté tout au long de la soirée, Malo Gusto concède un penalty. Bukayo Saka, auteur d'un immense match, transforme la sentence et signe au passage son triplé. Le score passe à 5-3 pour l'Angleterre.
Ce but fait énormément de mal aux Bleus. Non seulement il redonne deux longueurs d'avance aux Anglais, mais il brise aussi toute la dynamique construite depuis la mi-temps. La France refuse néanmoins d'abdiquer et revient encore à 4-5, relançant une dernière fois le suspense. Mais en cherchant l'égalisation, elle laisse inévitablement des espaces dans son dos.
Entré en cours de jeu, Jude Bellingham apporte immédiatement sa maîtrise, son calme et son impact physique. Sa rentrée stabilise le milieu anglais au moment où son équipe souffrait le plus, avant qu'il ne profite des espaces laissés par les Bleus pour inscrire le but du 6-4, mettant définitivement fin aux espoirs français.
Une défaite qui ne résume pas le Mondial des Bleus
Cette petite finale ne doit pas faire oublier le parcours réalisé par la France. Jusqu'en demi-finale, les hommes de Deschamps avaient impressionné par leur solidité, leur équilibre et leur capacité à répondre présents dans les grands rendez-vous. La défaite contre l'Espagne a laissé des traces psychologiques évidentes, et cette première période catastrophique en est probablement la conséquence la plus visible.
Les Bleus n'ont pas perdu cette rencontre parce qu'ils étaient inférieurs pendant quatre-vingt-dix minutes. Ils l'ont perdue parce qu'ils ont offert une mi-temps d'avance à une Angleterre qui, elle, avait décidé de jouer pleinement cette médaille de bronze.
Le dernier chapitre de Didier Deschamps
Cette rencontre restera aussi comme la dernière de Didier Deschamps à la tête de l'équipe de France. Après quatorze années, un titre de champion du monde, une finale mondiale, une Ligue des nations et une régularité exceptionnelle au plus haut niveau, le sélectionneur referme l'un des chapitres les plus marquants de l'histoire des Bleus.
Sauf retournement de situation, Zinédine Zidane devrait désormais prendre les commandes de la sélection. Il héritera d'un groupe jeune, talentueux et déjà capable de rivaliser avec les meilleures nations du monde.









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