Le Sénégal s’est perdu en voulant gérer : cette élimination marque peut-être la fin d’un cycle

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Le Sénégal s’est perdu en voulant gérer : cette élimination marque peut-être la fin d’un cycle

FootReporter2 juillet 2026

Pendant 85 minutes, le Sénégal avait presque tout réussi. Face à une Belgique longtemps inoffensive, les Lions dominaient les débats : plus justes techniquement, plus agressifs dans les duels, capables de conserver le ballon et de ressortir proprement, ils semblaient avoir pris la mesure d'un adversaire pourtant annoncé favori.

Puis tout s'est effondré. En quelques minutes, une équipe sûre de sa force est devenue fébrile. Les sorties de balle ont disparu, le bloc a reculé, les lignes se sont étirées — et la Belgique a retrouvé une confiance qu'elle semblait avoir perdue.

Au coup de sifflet final, Rudi Garcia a estimé que le Sénégal avait « perdu sa structure tactique » en fin de match. Le constat est juste. Son interprétation mérite toutefois d'être nuancée.

Une équipe qui a joué contre sa nature

Contrairement à ce qu'a laissé entendre le sélectionneur belge, ce Sénégal n'est pas une équipe qui construit ses succès en défendant bas ou en fermant les matches. Sous Pape Thiaw, les Lions ont développé un football ambitieux, capable de tenir le ballon, de presser haut et de bousculer des équipes européennes. Les victoires face à l'Angleterre et au Brésil en préparation avaient confirmé cette évolution.

Le paradoxe est donc frappant. À 2-0, le Sénégal a cessé de faire ce qui l'avait rendu supérieur : les dégagements ont remplacé les séquences de possession, le pressing a disparu et la Belgique a progressivement installé son jeu.

Les Lions n'ont pas perdu parce qu'ils ont voulu continuer à attaquer. Ils ont perdu parce qu'ils ont voulu gérer un avantage qu'ils n'avaient jamais cherché à gérer jusque-là.

Un coaching qui pose des questions

Il serait pourtant réducteur de faire porter toute la responsabilité à Pape Thiaw. Pendant plus d'une heure, son plan de jeu avait parfaitement fonctionné : les choix de départ étaient cohérents et les changements répondaient aussi à une réalité physique. Pape Gueye, très sollicité dans l'entrejeu, a quitté la pelouse dès la 67e minute après un énorme abattage.

En revanche, le banc n'a pas apporté ce qu'on pouvait en attendre. Ni maîtrise technique pour conserver le ballon, ni personnalité pour calmer le rythme, ni impact pour repousser une Belgique de plus en plus entreprenante. C'est probablement l'un des principaux enseignements de cette élimination.

Une Coupe du monde pleine de paradoxes

Le bilan statistique résume parfaitement le tournoi des Lions. Le Sénégal termine cette Coupe du monde avec 10 buts inscrits, un record pour une sélection africaine sur une même édition. Mais aussi 9 buts encaissés.

Pendant des années, la solidité défensive était la marque de fabrique de cette équipe. Cette fois, les erreurs individuelles se sont multipliées, les cadres ont affiché un niveau plus irrégulier qu'à l'habitude et le gardien Mory Diaw n'a jamais réussi à apporter la sérénité nécessaire dans les moments les plus tendus. Cette fragilité défensive est sans doute la principale explication d'une élimination aussi brutale.

Une transition plus délicate que prévu

Au-delà de cette défaite, c'est peut-être une génération entière qui arrive au bout de son histoire. Depuis plus d'une décennie, le Sénégal s'est appuyé sur des leaders comme Sadio Mané, Kalidou Koulibaly et Idrissa Gana Gueye. Ils ont offert au pays son premier sacre continental et installé les Lions parmi les meilleures sélections africaines.

Pour Sadio Mané, qui avait déjà laissé entendre ces derniers mois que la fin de son aventure internationale approchait, ce match pourrait avoir une saveur particulière — même si aucune décision officielle n'a été annoncée. Pour Koulibaly et Gana Gueye, l'avenir reste également en suspens.

La relève existe. Le talent aussi. Mais cette Coupe du monde a montré que cette nouvelle génération n'était pas encore prête à porter seule l'équipe. Sur le terrain, elle a parfois manqué de maturité dans les moments décisifs. En dehors, les tensions apparues autour du staff, les prises de parole de certains joueurs sur les réseaux sociaux et les différents couacs ayant entouré la délégation ont laissé entrevoir un groupe encore en construction.

À cela s'ajoute désormais la question de l'avenir de Pape Thiaw. Si la Fédération ne s'est pas encore exprimée, une partie de la presse sénégalaise réclame déjà son départ, tandis que les supporters s'interrogent sur sa capacité à conduire cette transition. Plus inquiétant encore, les premières fissures semblent apparaître au sein du vestiaire, avec des critiques publiques visant le staff technique.

Reconstruire sans se perdre

Le Sénégal ne manque ni de talent ni d'avenir. En revanche, il entre dans la période la plus délicate qu'une grande sélection puisse connaître : celle où il faut remplacer une génération dorée sans perdre son identité.

Le véritable défi de Pape Thiaw — s'il reste en poste — ne sera pas seulement de reconstruire une équipe. Il sera de transformer un groupe prometteur en une génération capable d'assumer l'héritage laissé par Sadio Mané, Kalidou Koulibaly et Idrissa Gana Gueye.

Car les grandes équipes ne meurent pas après une élimination. Elles se réinventent. C'est désormais tout l'enjeu du football sénégalais.

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